La 1ère édition des Assises Européennes des EHPAD



Depuis plusieurs années, nous sommes spectateurs d’un système déshumanisé, un système qui tient encore grâce au dévouement des soignants. Et pourtant, la réalité est là, maltraitance institutionnelle, marchandisation de la vieillesse, priorisation de certains soins par manque de temps. En tant qu’ancienne aide médico-psychologique, je ne peux me résoudre de participer à cette politique, où nos ainés demeurent les grands oubliés de la République, eux qui sont l’essence même de notre plus grande richesse, le savoir. Les EHPAD devraient être des lieux de vie, des lieux où les libertés fondamentales ne sont jamais piétinées.


Rester sans rien faire, impossible.


C’est pourquoi, le 28 juin 2022, a eu lieu la première édition des Assises européennes des EHPAD, au sein du Parlement européen. Un événement plus que nécessaire, je dirai même vital, où députés, syndicats, associations, soignants, familles de résidents, personnes âgées étaient réunis pour échanger sur les politiques, ainsi que sur les conditions de prise en soin du grand âge. Cette journée s’est composé en 3 panels essentiels. Le premier, « l'or gris, le fléau de nos droits fondamentaux », centré particulièrement sur les EHPAD privés à but non lucratif.


« Les EHPAD peuvent devenir des prisons. La maltraitance institutionnelle est là

depuis plus de 25 ans ! Plus jamais ça ! Il faut respecter la voix des résidents. »

Sabrina DELIRY


J’étais accompagnée de Sabrina Deliry, co-fondatrice du CPAE, Laurent Gar- cia, fondateur de l'Observatoire du Grand âge ainsi que Pablo Sanchez Centellas, membre de l’EPSU, avec qui j’ai demandé une commission d’enquête parlementaire dans les EHPAD. Ensemble, nous avons échangé sur la marchandisation de la vieillesse, la dignité non respectée de nos anciens, notamment durant la crise COVID-19 ainsi que sur les familles des résidents.

« Les résidents et les familles doivent être acteurs, surtout au niveau du recrutement.

Ils font partie de l’histoire »

Laurent GARCIA.


Nous avons continué avec le deuxième panel « EHPAD publics, plus de moyens sont nécessaires. » Un panel animé par Anissa Amini, Fédération Sud Santé et par Aurélie Reymond, aide-soignante.


« On manque beaucoup de moyens, d'encadrement, d'écoute et de communication ! On ne nous entend pas ! La santé en France est devenue catastrophique. Il faut se réveiller ! "

Anissa AMINI

Ces échanges ont permis de démontrer qu’il existe autant de dysfonctionnements dans les EHPAD privés, que dans les EHPAD publics.

« Les repas n’étaient pas suffisants ! On devait même compter les pommes de terre dans une assiette ! Tant qu’on ne rentre pas dans une case, on n’est pas valorisé,

surtout pour les personnes âgées ! »

Aurélie REYMOND


Cette journée s’est alors terminée sur les « Échanges de bonnes pratiques, les moyens employés pour une vie digne », aux côtés des membres du Collectif Amour et Sagesse ainsi que de mes collègues Silvia Modig et Younous Omarjee, députés européens du groupe parlementaire The Left.


Ce dernier panel a su mettre en lumière que la politique de la vieillesse n’était pas seulement un défi national, mais également un challenge à l’échelle internationale.

« En Finlande, pour l’aide à domicile, soit quelqu’un peut prendre soin du résident, soit pas ! Les formations ne sont plus adaptées aux différentes situations de notre société actuelle. Les soignants ont même souhaité faire grève pour défendre leurs droits dans ce métier, mais on leur a formellement interdit de manifester ! »

Silvia MODIG

Aussi, nous mentionnons peu la solitude immense dont le grand âge est confronté au quotidien. Pourtant, cette solitude reste présente et bien pesante. Non seulement nos aînés subissent la précarité financière, mais ils endurent également la précarité sociale.

« La France est l’un des pays où le taux de solitude des personnes âgées est le plus élevé, où le taux de suicide est des plus importants. Pas 1€ de profit ne doit être réalisé sur la souffrance des personnes âgées dépendantes. Nous avons une responsabilité collective dans notre rapport à la vieillesse et à la dépendance. »

Younous OMARJEE


Il faut porter un nouveau regard sur la vieillesse, revaloriser l’image perçue, avoir une vision plus large sur le bonheur de vieillir.

« Il est plus que nécessaire de laisser les seniors s’exprimer plus librement, de casser les tabous sur la sexualité ou sur les orientations sexuelles. Il faut changer cette vision.

La vieillesse n’est pas la fin de quelque chose mais le début. »

Jeanne du Collectif Amour et Sagesse


Cette première édition des Assises européennes des EHPAD marque un nouvel élan pour l’avenir de nos anciens. Ce n'était pas un énième constat, ces échanges ont permis de recueillir de nombreuses solutions et d’idées pour vraiment changer les choses.


Et j’aspire sincèrement à une politique européenne plus efficace, plus juste, et surtout plus humaine au sein de tous les Etats Membres.

Le soin, c’est de l’humain. Il est de notre devoir de porter la voix de nos aînés, pour que leur dignité soit respectée, et pour qu’aucune génération ne soit sacrifiée. C’est pourquoi, la lutte pour défendre les droits de nos anciens doit impérativement continuer.


Merci beaucoup à Sabrina, Laurent, Pablo, Aurélie, Anissa, Younous, Silvia, Jeanne, le Collectif Amour et Sagesse pour cette journée.

Anne-Sophie Pelletier